Tuatha de teir bran


Le Tuatha Penn Bazh


L'art de la joute : Sème les graines de tes rêves, elles deviendront les arbres des forêts où tu pourras abriter ton âme, grandir en coeur et offrir refuge.


Le ton est donné. Vous voici conviés à la renaissance d'un art ancien et méconnu animé par le souffle vibrant et poétique de la tradition chevaleresque. Mon art est celui du tuatha penn bazh. Plus que de voie, je parlerai de quête. Plus que d'attitude martiale, je parlerai de chevalerie. Plus que de donner la mort, je parlerai de comprendre la vie.

Tout comme des générations de pratiquants avant moi, je puise cet art de nos grandes forêts, celles de nos grands-pères les arbres. Ceux-la même qui plongent leurs racines dans les secrets de la Terre, puis pleins de savoir, campés sur leurs troncs, lancent des prières vers les cieux.

La tradition chevaleresque :


Depuis l'aube des temps, les Hommes ont ressentis le besoin de s'unir, d'abord en familles, puis en clans, avant de se sédentariser et de devenir cité, peuple, pays. Chacun à l'intérieur de ces groupes contribuait au bon fonctionnement de l'ensemble. Pendant que les plus aptes devenaient chasseurs pour nourrir la tribu, d'autres inventaient la poterie et la roue, protégés par l'assentiment des forces supérieures, en communion avec les éléments, la nature et le règne animal.

Plus tard, les grandes civilisations elles-aussi privilégièrent cette trinité : Les guerriers, les artisans,les prêtres. Et si l'une des parties se détachait de l'autre, il y avait danger de guerre ou d'exploitation. Comme une sorte de cycle, tous les évènements se déployaient pour rétablir l'équilibre.

La chevalerie, cet ordre sacré
De total dévouement, trouve son origine
Elle aussi dans la famille et le clan.
Le chevalier prête serment de protéger, de servir Dieu et de combattre le mal sous toutes ses formes. C'est un bel idéal qui remonte toute l'Europe avec les Celtes et la chevalerie équestre, et c'est le point de départ aussi de cette nouvelle trinité : Religion, Chevalerie, Artisanat. L'apprentissage du chevalier doit se faire en partage de savoir, imprégné du ''sacré'' et du ''terrestre'' pour savoir le protéger.

L'arrivée de l'écriture n'enleva en rien le caractère privilégié de la transmission orale, avec le maître, celui des armes en particulier : regarder, essayer, laisser les mouvements s'imprimer dans le vécu et le ressenti, apprendre sans cesse pour être capable de savoir et de transmettre, car toute richesse gardée est un trésor perdu s'il ne vit pas à travers autrui.

Apres la fin des Templiers et les désastres de certaines batailles, c'est le glas de la chevalerie terrestre qui sonne. Et notre chevalier reprend son Bâton et se fait Pèlerin, sa quête continue,il s'en est allé à la recherche de lui-même.

Le nom et la renommée de ces chevaliers demeurent. Dans notre imaginaire, il reste des exploits, une recherche du Graal, l'amour d'une dame. Et le savoir des armes change avec la complexité des moyens de destruction pourtant le Bâton reste, comme un axe, un relais, du Chevalier au Pèlerin, du Pèlerin au Compagnon, du Guerrier au Religieux, du Religieux a l'Artisan.

Des arbres et des hommes :


Retrouver les racines du Tuatha Penn Bazh, c'est remonter aux sources du maniement d'un outil fabuleux, connu sur tous les continents. Donné aux hommes par la nature bien avant que la première épée ne soit forgée, il en garde toute la puissance et la simplicité, une humilité quasi divine, un point relai entre les racines des arbres et celles des Hommes.

C'est dans la sincérité de votre action que vous prendrez un peu de la droiture de votre Bâton. Entre vos mains, il existe en tant que partenaire, vivant, issu de l'arbre, et c'est un peu de cette nature tendant vers la grandeur et le respect de la Terre que vous prenez avec vous quand vous le maniez. Il émane de lui une existence propre, un soutien, un message, : celui du respect et de l'échange.

Ce n'est plus un bout de bois ,
c'est votre Bâton ...


Nous avons raison de parler de la noblesse du bois, d'essence, de coeur, de tous ces qualificatifs que l'on accorde à de véritables êtres. Ainsi, aussi étrange que cela puisse paraître à certains, je demande aux personnes qui viennent au ''Tuatha Dé Teir Bran'' de chercher leur Bâton en forêt, d'interroger l'arbre, et de le faire à sa mesure.

La pratique revêt alors une toute autre dimension car vous et votre instrument êtes mutuellement façonnés. Ce n'est plus un bout de bois, c'est votre Bâton, et dans le silence du salut, dans le cercle formé par les pratiquants, quand votre respiration calme votre corps et vos mains se joignent sur lui, vous savez que vous échangez un peu de sa droiture avec un peu de vos humaines faiblesses car vous avez tous deux un coeur.

Jouter dans le respect
Et dialoguer dans le rythme
Du Cercle .

Nous sommes des Jouteurs de Bâton, incluant dans notre pratique le maniement de la Canne, du Bois et de la Lance. La joute remonte aux origines chevaleresques de la pratique, avec toutes ses déclinaisons de jeux fraternels, de prouesses et de partage. Car c'est avec le partenaire que ce fait l'apprentissage. Frapper dans le vide, c'est se gâcher le retour de l'intention que l'on vient de lancer et qui demande une réponse.

On ne joute pas pour tuer mais pour mesurer sa connaissance technique et instaurer un dialogue martial et convivial avec le partenaire. On joute pour partager l'effort et pour apprendre à le transmettre. La joute commence à l'intérieur d'un cercle, celui du salut, celui qui rappelle la confrérie des Chevaliers de la légendaire Table Ronde, celui des mouvements et des déplacements. Tout comme la Terre est ronde, les mouvements sont amples et enveloppent le partenaire quand il lance ses attaques et quand il exécute ses parades.

Comme l 'arbre pousse ,
S 'élève et retourne
A ses racines ,
Le geste naît ,
De soi vers l 'autre ,
Revient à sa source ,
Accueille celui
Du partenaire .

Alchimie de l'esprit, de l'intention et du geste : jouter, jouer, écouter le chant de l'autre bâton, lui répondre, accélérer la cadence, changer le rythme, esquiver, sauter, sentir tout son corps partir dans la volte amorcée par le Bâton, les frappes qui se succèdent, l'ampleur et la justesse de la courbe du bois qui va à la rencontre de celui du partenaire. Vous êtes vivant, votre Bâton aussi !

Votre souffle suit son chant. Quand la joute prend fin, vous saluez, souriant, sans peur et sans rancune. Vous sortez du cercle du combat pour rejoindre celui de vos amis.

Toute la richesse et la virtuosité viennent de l'ouverture acquise à force de pratique pour mélanger à volonté ses techniques. C'est en cela que se trouve l'effort. Grandir, sans cesse grandir... en humilité, en chevalerie de coeur, en partage.

L'ésprit de l'effort :


Même si nous ne possédons plus d'armure, ni de lance, il reste en nous cet esprit du Chevalier dans notre quotidien. Il suffit d'aider son prochain, de savoir se protéger et de grandir dans une compréhension mutuelle . Vivre les instants offerts sous quelque forme qu'ils se présentent: Art, Humour, Paix et de simples sourires !

Dans notre vieille Europe, il faut savoir assumer aussi sa part de légende, d'histoire, et transformer le traditionnel. Il ne demande qu'a émerger, à s'enrichir de ces ères nouvelles où l'acquisition d'autres savoirs viennent grandir l'Etre dans son Humanité. L'apport des arts martiaux orientaux a contribué à la redécouverte que notre corps est animé par un souffle puissant lié à un esprit en perpétuel élévation. Ceci nous l'avions occulté pendant de nombreux siècles, surtout depuis l'avènement et la consécration du "beau corps" donnant naissance à des "activités physiques" dénuées de profondeur. Alors pourquoi tant d'intérêt pour un art traditionnel adopté par une poignée de pratiquants sincères ?

L'effort de rester soi en
Accord avec son coeur
Avec son entourage ...

C'est tout simplement l'envie de l'effort, un état d'esprit très profond qui s'applique à la vie de tous les jours. L'effort de rester soi en accord avec son coeur, avec son entourage, savoir écouter, savoir mettre son ego de côté pour comprendre, pour aider, savoir rester humble, car c'est là toute la vraie grandeur qui ouvre la porte au Divin du coeur Humain... Et surtout pratiquer, sans cesse pratiquer. Bien sûr que ce n'est pas facile ! Rappelez-vous vos premiers pas étant enfant et voyez maintenant comment vous pouvez courir, sauter, danser.

C'est là la grande destinée de l'Humanité : la Grandeur.

Nous sommes tous des Chevaliers de la Paix et du possible, encore faut-il que nous ayons le courage de ne pas renoncer à cette quête, celle de la vie, du partage, de l'Amour. Pratiquez encore et toujours votre humanité. Nous sommes le même coeur et la même Terre sous le même soleil. Tout ceci, vous l'apprendrez par le Bâton, en appliquant ces mêmes règles à l'apprentissage de la Joute.


J.L.Mordret


 
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